Maria Sila-Nowicki (“Moussia”) est née le 25 janvier 1895 à Moscou, dans une famille de l’ancienne noblesse polonaise habitant pendant des siècles le Grand-Duché de Lituanie, pays en Union avec la Pologne depuis 1386. Après la partition de Pologne à la fin du XVIIIème siècle, tout le Grand-Duché de Lituanie et la Pologne centrale et de l‘est furent incorporés à la Russie. La famille Nowicki possédaient des domaines dans la région de Lepel (province de Vitebsk, maintenant la Biélorussie), qu’ils perdirent quand Napoléon et son armée passèrent par là-bas et dévastèrent la région entière. Pour la survie de leur famille, les hommes de la famille de Maria et de familles polonaises similaires n’avaient pas d’autre choix, que de joindre l’Armée Impériale russe ou de se former dans les universités aux professions médicales, légales ou techniques. Depuis un certain décret de Cathérine II, dite La Grande Catherine, ces métiers n’étaient reservés que pour la noblesse héréditaire.

Le grand-père de Moussia, Wiktor-Franciszek Sila-Nowicki (1830-1910) obtint en 1882 un décret de l’Héraldique Impériale permettant le retour de l’usage du nom complet  Sila-Nowicki, perdu pendant les cent ans avant. Ce décret concernait aussi sa femme et tous ses enfants et descendants;  il dut prouver sa généalogie jusqu’à la fin du XVIème siècle.

Wiktor, qui avait travaillé dans l’Administration des Domaines Impériaux, fut transféré plus tard vers la région de l’Orel/Novgorod mais resta résident de Moscou. Après, il devint Directeur d’un nouveau chemin de fer. Cela l’aida à avoir deux pensions de retraite et en 1895, il acheta alors un domaine modeste en Pologne, appelé Wylagi, dans la paroisse de Kazimierz Dolny, province de Lublin, au sud-est de Varsovie.

En 1849, Wiktor épousa Julia, Baronesse Witte von Wittenheim (1923-1855), d’une famille baltique. Elle mourut jeune, probablement à cause de l’accouchement de son quatrième fils, Mieczyslaw, qui mourut peu de temps après. Luthérane, elle fut enterrée au cimétière Luthérane à Moscou. Elle laissa derrière elle Wiktor et leurs quatre fils qui avaient tous été baptisés dans la religion catholique. En 1859, il se remaria avec Jozefina Dowgiallo (1841-1908), issue d’une famille très ancienne lituanienne. Jozefina avait 28 ans de moins que lui et était une mère aimante pour ses beau-fils petits toute aussi chaleureuse comme pour ses propres cinq enfants, nés après.

Les personnes sur la photo ci-dessus, prise à Moscou en 1878, sont les enfants de Wiktor et ses femmes Julia et Jozefina. Tous parlaient Polonais aussi couramment que Russe.

Le père de Moussia, Wiktor (1854-1917), pas encore marié, est assis à droite avec sa demi-sœur et filleule Stanislawa sur son genou (1874, morte 1952 à Wylagi). Debout à droite, Julian qui devint médecin (1861-1919). Debout au centre Wladyslaw (1850-?), médecin également. Il était marié avec Eugenia Baranovsky, tante du premier mari de Moussia, Vladimir Baranovsky. Eugenia mourut un an plus tard en 1879, à l’âge de 28 ans. Le frère derrière la petite table, est Emanuel (1852-1917). Pendant la Révolution russe de février 1917 il était, grade de général, Gouverneur de Moscou. La fille à droite est Jozefa (1867 – morte à Wylagi en 1941) et la fille assise à gauche, Zofia (1972- morte en 1943). À l’extrême gauche Helena, qui resta célibataire (1859 Nowgorod, morte 1901 à Wylagi). Alexandre, né en 1878, est absent de la photo. Il mourut en 1941. Il devint avocat, ayant étudié à l’université de Moscou comme son frère Wladyslaw, le docteur.

Alexandre était le père du fameux avocat Wladyslaw Sila-Nowicki (1913-1994), cousin de Moussia, l’avocat courageux du syndicat Solidarnosc, qui fut condamné à mort par cinq fois par les communistes et sauvé miraculeusement (ses huit copains furent en revanche exécutés). Il fut incarcéré pendant 10 ans, avant d’être libéré en 1956).

Cette famille, comme tant d’autres familles de la même époque, était déchirée par la Révolution russe puis encore par la Seconde Guerre Mondiale. Même, le destin emmena quelques-uns d’entre eux dans des camps opposés, comme nous le verrons aussi pour la famille Baranovsky.

Emanuel et Viktor furent tués pendant la Révolution de 1917. Deux des trois fils de Julian également. Le 13 juin 1905, Zofia et Stanislawa, dans une cérémonie combinée  à Kazimiersz Dolny (à laquelle assista Moussia à l’âge de 10 ans, son frère Julian à l’âge de 8 ans), se marièrent respectivement avec Wladislaw et Ignacy Dzierzynski, deux frères de l’homme déjà considéré comme un renegat par la famille depuis quelques ans: Félix dit ‘de fer’, qui plus tard fut  le fondateur et chef de la Tchéka, la police secrète de la Russie (devenue plus tard le KGB).

Le mari de Zofia, Wladyslav Dzierzynski devint un neurologue fameux. Il fut tué par la Gestapo à Lodz, en Pologne, en 1942. Zofia, elle-même, mourut dans un goulag près d’Alma Ata en Kazakstan, en 1943. Le mari de Stanislawa, Ignacy Dzierzynski, diplomé avec honneur de l’Université de Moscou en mathématiques, l’histoire de la nature et la géographie devint professeur à Varsovie et, après l’indépendance de Pologne, travaillait au ministère d’éducation. Il mourut à Wylagi en 1953. Stanislawa et lui avaient une fille Wanda Jozefa (1906-1914) et un fils Olgierd Emanuel (1910 – mort en 1995 en Angleterre).

Olgierd, cousin de Moussia, épousa à Kazimiersz Dolny : Julia Anna Misterko (1910-1992, morte à Sienne, Toscane, Italie) et joignit l’Armée polonaise du Général Sikorski pendant la Seconde Guerre Mondiale. Après la Guerre, les communistes lui confisquèrent sa nationalité polonaise et son héritage, comme ils le firent avec son fils, Andrzej Leszek Dzierzynski, né le 3 décembre 1936 à Varsovie.

Andrzej est peintre, sous le nom d’André Dzierzynski. Il vit en Angleterre et Toscane. André m’a aidé, très généreusement à reconstruire l’histoire de sa famille et m’a donné aussi la permission de publier la photo de famille de 1878.  Il peint les paysages de la Toscane et de la Provence italiennes, en utilisant la technique ancienne de la détrempe à l’oeuf (http://dzierzynski.com/). Il a également été une source riche d’informations sur sa tante Moussia, qu’il a connu personnellement quand il était jeune.

 (à suivre)

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