Toronto World, 3 January 1918            Poverty Bay Herald (NZ), 20 February 1918

Le couple russe Vladimir Baranovsky et son épouse Maria, née Sila-Nowicki, arriva à San Francisco le 3 janvier 1918, par le bateau ss Ecuador de la Pacific Mail Steamship Co., venant de Japon. Ils avaient fui la Russie via la Sibérie et Vladivostok, après s’être échappés des mains des bolchéviques au début de novembre 1917,  peu de jours après le début de la seconde Révolution de cette année.

Dans mon article précédent, sur Maria Viktorovna Sila-Nowicki, je rapportais qu’elle et Sergei Prokofiev se rencontrèrent pour la première fois à Los Angeles, en Décembre 1920. Prokofiev, dans ses journaux, l’appelait Baranovskaya, après quelque temps même Frou-Frou, impressionné par sa personnalité et sa beauté. Il écrit qu’elle ne put le convaincre de l’épouser car son coeur appartenait à Lina Codina, sa future femme. En 1921, Maria l’aida  préparer son opéra L’amour des trois Oranges. Après, à Paris, Maria resta toujours amie du couple Prokoviev et leurs enfants grandirent ensemble, jusqu’à leur départ définitif vers la Russie en 1935. Natasha Borovsky recontacta Lina Prokofiev en 1974, alors qu’elle quittait la Russie, ayant souffert huit ans dans un camp de travail. Elle rétablit le contact aussi avec les fils de Prokofiev, Sviatoslav et Oleg, ses amis d’enfance.

Après leur première rencontre, Prokoviev nota dans ses journaux ce qu’il avait appris du circuit de commérages à Los Angeles : “Elle a 28 ans mais a l’air plus jeune, appartient à une bonne famille et a eu plusieurs époux. Elle a vécu à Paris quelque temps et puis étudiait sous Meyerhold. La combinaison de ces expériences lui a donné une empreinte de raffinement. Les Baranovsky et les Rumanov se sont rencontrés à San Francisco et se sont liés d’amitié. Après, les hommes se sont échangés les partenaires, Rumanov et Baranovskaya sont partis vers New York et Ariadna et son homme –   Baranovsky ou un autre homme – restaient dans le Pacifique. En tout cas, Baranovsky  disparut sans aucune trace et le trio vécut en harmonie parfaite. Je ne sais pas si Rumanov partage ses attentions entre les deux femmes ou s’’il y a quelque autre combinaison, mais il est aimable, cultivé et obligeant.”

En approfondissant leur amitié, Maria se confia à lui de plus en plus et il dut rectifier et simplifier ses premières impressions. Il avait bien deviné qu’elle était plus jeune, elle venait justement de fêter son 26-ème anniversaire. Elle n’avait été mariée qu’avec Vladimir Baranovsky mais le mariage était en difficulté, et elle connaissait bien Alexandre Kerensky, le dirigeant du Gouvernement Provisionnel russe entre les deux révolutions de 1917: “Elle connait bien Kerensky, il était marié avec une de ses cousines et pendant son règne avait divorcé de sa femme pour se marier avec une autre cousine. Les membres de sa famille, tous monarchistes, lui étaient très hostiles,  mais Baranovskaya elle-même était restée amie. Elle me raconta beaucoup de choses intéressantes sur la vie quotidienne de Kerensky. Elle dit q’il était un hystérique et que, de son opinion, c’était la source de sa force et de ses faiblesses. Puis on parlait de [Vladimir] son mari.

Qui était cette Maria Viktorovna, d’où venait-elle, qui était son mari Vladimir Baranovsky avec qui elle fuyait la Russie en 1917 ? Comment étaient-ils liés à Kerensky ?

C’est tout vrai, ce que racontait Prokofiev sur elle dans son journal ? Pas tout. On verra.

( à suivre)

Print Friendly