Moussia durant leur fuite, en présence d’un officier français. C’était en novembre. La photo a sans doute été prise à Port-Arthur ou Nagasaki, où à cette période de l’année  la météo peut être encore être clémente.

Vladimir et Moussia partirent de Petrograd le 29 octobre 1917. Cette date, enregistrée par un fonctionnaire du Consulat américain sur le passeport de Vladimir (voir ci-dessous), doit être celle du calendrier Grégorien, prenant en compte les dates d’arrivée à Vladivostok et Yokohama. Cela signifie que dans le calendrier Julien, leur départ fut le 16 octobre. Les livres d’histoire montrent qu’à cette époque, sous la pression bolchévique, Kerensky commençait juste ces préparatifs, ne serait-ce mentaux, pour évacuer son Gouvernement de Petrograd. En arrivant aux États Unis, Moussia décrit à la presse américaine en détails l’état dans lequel il était à ce moment, précisant qu’elle fut l’une des dernières personnes à l’avoir vu avant qu’il parte se cacher.

Le cachet russe en haut à gauche mentionne: Vu au Commissariat de la première région de  Rozhdestvensky, maison n°118, avenue  Nevsky à Petrograd, le 18 août 1917, la date du calendrier Julien de délivrance du passeport.

Il n’y a pas de rapport de leur voyage mais les dates sur le passeport de Vladimir sont parlantes. Il fallut treize jours au couple pour atteindre Vladivostok en train. Aucun détail sur le passeport précisant comment ils se déplacèrent de Vladivostok à Yokohama. Mais novembre est trop tard pour quitter Vladivostok par bateau, à cause de la glace. De plus, ils n’avaient pas de temps à perdre. Ils continuèrent sans doute donc vers le sud par train, d’abord par un retour à Harbin puis de là jusqu’à Port Arthur, aujourd’hui Lüshun, puis vers Nagasaki, dans le sud de Kyushu, en traversant la mer de l’est de la Chine en bateau.

Le trajet de Vladivostok à Yokohama a probablement ainsi pris les neuf jours complets entre le 11 et le 20 novembre. Tout le voyage a certainement été épuisant. Quand Moussia arriva aux Etats-Unis au début de 1918, elle dut se rendre dans une clinique. La tuberculose du rein lui fut diagnostiquée. Coïncidence curieuse, c’est la même maladie que Kerensky souffrait, avant qu’un rein lui fut ôté en mars 1917, sous les bons soins d’Elena, la sœur de Vladimir. Mais Moussia aurait très bien pu contracter la maladie en route, en buvant l’eau polluée du train.

Quelques jours à peine après leur arrivée à Yokohama, certaines rumeurs extraordinaires commencèrent à bruisser le long des fils d’actualités. Dans tous les journaux à travers les Etats-Unis, deux histoires apparurent le même jour, parfois même côte à côte à la Une. Cette coïncidence n’en était pas une, comme je le démontrerai plus tard. Savourons d’abord les nouvelles comme les lecteurs de cet automne en 1917 purent le faire.

La plus importante histoire était datée du 27 novembre, à New-York, ou du 26 novembre à « un port Pacifique ». Certaines versions étaient longs, d’autres plus courts mais ils avaient tous en commun le fait de rapporter que Madame Tatiana Nikolaevna Romanoff, deuxième fille de Nicolas Romanoff (20), Empereur de Russie déchu, s’était échappée de Russie grâce à un mariage fictif à un fils d’un ancien chambellan de l’Empereur et était en route pour les Etats-Unis. La Grande-Duchesse était censée avoir initié sa fuite à Tobolsk, où la famille impériale était retenue en captivité, puis être passée de Harbin en Mandchourie, avant d’avoir pris la route du Japon, où le passage avait été assuré par un bateau à vapeur. Elle ne voulait pas la restoration du trône, mais un gouvernement démocratique et fort comme aux États Unis, pour lutter contre les forces socialistes et allemandes.

L’autre article rapportait que George Romanovsky, Vice-Consul de Russie à Chicago, avait démissionné de sa poste, en désaccord avec le gouverment bolshevique, et  avait offert ses services au Départment de la Guerre à Washington. Il allait se marier avec Miss Goldie Frances Giankini de Chicago.

Que se passait-il ?

La Princesse Tatiana  Nikolaevna Romanoff sur une photo de 1914 connue dans la presse, prise après une maladie qui l’avait conduite à couper ses cheveux.

 

On peut se demander si Moussia, l’actrice entrainée par Meyerhold, a posé dans un but bien précis, sur ces photos, l’une prise dans un studio (il y a un cachet sec indiquant “Doré Moscou”, donc probablement prise à Harbin, où il y avait une large présence russe), l’autre en extérieur, durant un jour ensoleillé à Port Arthur ou Nagasaki. De toute manière, il n’est pas surprenant que certains journalistes l’aient prises pour la princesse. Mais qui était George Romanovsky et qu’a-t-il à faire dans mon histoire ?

A suivre.

Print Friendly