Quand j’étais jeune, et, dit-on, belle,
j’étais déjà, sans le savoir, celle—
non plus si jeune ni aussi belle—
que j’étais destinée a devenir.
Depuis que je suis devenue vieille,
bien qu’encor droite et grande de taille,
je sais qu’en moi je porte la vieille
qu’un jour, si je vis long, je deviendrai.
Dans ma jeunesse, me serais-je vue
telle qu’à présent je suis devenue,
je me serais fait peur, assurément.

Je suis capable maintenant
de contempler sans trop d’effroi
l’inévitable changement
qui, dans une décénnie, m’attend.

Est-ce un calme froid qui m’envahit
ou ma compassion qui s’épanouit?
Jeunesse aveugle est cruelle.
Mon ancien moi, envers celle d’aujourd’hui,
aurait été, je l’avoue, sans merci.

Nous sommes qui nous sommes du début à la fin.
Il faut toute une vie pour se connaître bien.

Natasha Borovsky
Berkeley, le 30 janvier, 1999

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