Moussia et Julian à Moscou, décembre 1929/ janvier 1930. De la collection privée de Moussia.

Nous avons vu dans l’article précédent que Prokofiev rencontra Julian à Moscou les 17 et 18 novembre 1929, lui remettant une enveloppe avec 150 roubles. Moussia n’avait pas vu Julian depuis son départ de Russie en 1917. Les deux n’avaient eu aucune nouvelle de l’un et l’autre pendant tout ce temps : Julian fut abasourdi d’apprendre qu’elle avait un mari. Lui se trouvait tout ce temps dans une prison ou un camp de travail. Natasha Borovsky a cru que son oncle était impliqué dans quelque révolte d’officiers contre le coup Bolchévique en Novembre 1917.

Peu de temps après la rencontre de Prokofiev avec Julian, frère et soeur se sont finalement revus. Les preuves principales sont les photos dans cet article, élargissements de petites, 8×12 cm, tirages de contact de photos prises à Moscou, retrouvées dans les archives de Moussia. L’une d’elles était collée dans un album, avec ‘1929’ écrit à côté au crayon, provisoirement, par Karin Antonini. C’est certain qu’en  janvier 1930, Borovsky donnait des concerts à Moscou. Moussia l’a surement accompagné pendant cette tournée pour voir son frère. Donc, la réunion eut lieu en décembre 1929 ou janvier 1930.

Avant de continuer, je voudrais vous montrer aussi une autre photo, retrouvée tout récemment. L’image date de 1903. Julian et Moussia ont respectivement 6 et 8 ans. C’était plus ou moins le moment où leurs parents divorcèrent. Les deux furent élevés par des oncles et tantes après.

Ces deux images, montrent une sœur et un frère unis dans la tragédie. Ils étaient toujours très proches de l’un et l’autre.

Moussia et Julian en 1903. Image gracieusement mise à ma disposition par M. André Dzierzynski

Parfois, les images sont plus éloquentes que les mots. Natasha Borovsky m’a dit que sa mère, Moussia, n’était jamais parvenue à surmonter la tristesse et le sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu sauver Julian (‘Julek’) des Soviétiques. Après leur réunion, il fut incarcéré à nouveau et il mourut de la tuberculose dans une prison. La date et le lieu de sa mort sont inconnus. Moussia n’a jamais pu parler avec sa fille Natasha de cette affaire de façon convaincante. Cependant Natasha a pensé plus tard qu’une des raisons des efforts de Moussia pour épouser Prokofiev puis Borovsky, aurait pu être son espoir de sauver son frère en se liant avec un Russe de nom fameux aux yeux du Gouvernement russe.

Les circonstances autour de la réunion révéla entièrement à Alexander Borovsky les détails du passé de Moussia. En particulier, l’incertitude quant à sa séparation d’avec Vladimir. Selon Karin Antonini, ce fut la cause principale du divorce. La période 1930-1932 est encore un mystère, outre quelques images très révélatrices encore à publier. Par la suite, Moussia ne voulut plus parler de ces deux années. Curieusement, les pages des 1er janvier 1931 au 2 mai 1932 des Journaux de Prokofiev manquent. Et je pense que ce n’est pas un hasard.

Au moment de la Révolution russe, Julian était un officier de 19 ans dans les Forces Aériennes Impériales.

 

L’aviateur Julian Sila-Nowicki de l’Escadre 18e, en 1916 (voir article 6)

Ci-dessous : deux photographies en plus, de la même session à Moscou. On voit une ressemblance frappante entre les deux visages. De toutes les maintes photos que j’ai vues de Moussia, inclus celles d’après 1930, ce sont les seules à la montrer en paix avec elle-même. Elle ne sera plus jamais aussi belle. Regardez aussi comment elle a revêtu une tenue de ‘gamin’ comme pour la photo prise en 1917 sur le bateau de Japon vers les États-Unis ! Une coïncidence ?

 

 

Moussia, entre Vladimir Baranovsky et le Vice Amiral Bosse, sur le SS Ecuador, décembre 1917 (article 15)

(à suivre)

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