Cinq des plus importants chefs d’orchestre de leur génération, photographiés pendant un banquet à Berlin à l’été 1929. De gauche à droite : Bruno Walter (chef de l’Opera de la ville de Berlin), Arturo Toscanini (sur le point de partir du Teatro alla Scala à Milan, et de devenir le co-directeur du New York Philharmonic Orchestra, il était un visiteur régulier de Berlin), Erich Kleiber (chef de la Berliner Staatsoper), Otto Klemperer (chef de la Berliner Staatsoper, filiale au Kroll Theater), et Wilhelm Furtwängler (chef du Berliner Philharmoniker). Source: Internet

Les Borovsky s’établirent à Berlin temporairement pour la saison 1928-1929, et de manière plus pérenne l’année suivante. C’est bien compréhensible. Berlin vivait sa belle époque. La musique, le théâtre, les productions de cinéma, la peinture, la sculpture : une grande partie de la vie culturelle européenne était concentrée pendant ces années à Berlin qui attirait les meilleurs artistes de partout. Là, pas de tolérance pour le nazisme. Il n’est donc pas surprenant que les nazis appelaient la ville le ‘havre du vice’.

Les activités scientifiques y fleurissaient également. Par exemple, Albert Einstein était le Directeur de l’Institut Kaiser Wilhelm.  Il y connut Borovsky, qui lui écrivit une belle note en Allemand de Tel Aviv où il avait joué, lui racontant les progrès formidables que les colons juifs avaient faits en Palestine. Il apparaît clairement de cette note que, bien que les parents de Borovsky se fussent convertis au Christianisme Orthodoxe, il se sentait fier et conscient d’être juif.

Les Borovsky participent en un diner avec le chef d’orchestre Erich Kleiber
 

Il était commode pour Moussia, qui n’aimait pas les longues absences d’Alexandre, que Berlin soit plus près de la Pologne que de Paris : elle passait fréquemment de longues périodes en Pologne, avec Natasha, chez sa tante à la dwor (maison de domaine) familiale.

Le changement de scène fut énorme pour le couple. À Paris, ils circulaient surtout dans les cercles d’émigrés russes. La vie à Berlin était beaucoup plus internationale et multi-disciplinaire. Moussia se connecta avec le monde du théâtre et du film, elle connut Fritz Lang, par exemple.

C’est depuis Berlin que Moussia put finalement, pour la première fois depuis 1917,  retrouver son frère Julian. Le commentaire de Prokofiev dans ses Journaux est étonnant : “17 novembre 1929 (dans son hôtel à Moscou) : Au petit matin, le frère de Maria Viktorovna vint me voir, un beau garçon pas sans un certain chic. J’étais encore dans mon pyjama, avant de faire ma toilette … (le jour suivant) le frère de Maria Viktorovna arriva (je lui donnai les 150 roubles que Maria Viktorovna m’avait donné pour lui, et je l’époustouflai en lui annonçant que sa sœur avait un mari)”.  Cela prouve vraiment qu’il n’y avait eu aucun contact entre Julian et Moussia depuis 1917. J’y reviendrai dans l’article prochain.

Les Borovsky et Natasha en Pologne, 1928, probablement dans un parc à Varsovie.

 

Wylagi, la dwor, ou maison du domaine familial de Sila-Nowicki, 1928

Wylagi, Pologne, en mars 1928. Au centre : Josef Slosarki avec sa femme, la tante Jozia de Moussia à sa gauche et Moussia à sa droite. Natasha, presque quatre ans, est devant. Debout, derrière Moussia, à sa droite, Wieslaw Olendzki, un parent éloigné, et tout à gauche le superviseur du domaine, Kazimierz Pawlowski. La dame tout à droite ne peut pas être identifiée. Photo de la collection privée de Moussia.

Un père fier avec sa fille à Wylagi, 1929. Collection privée de Moussia.

(à suivre)

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