De gauche à droite : trois chefs successifs de l’organisation de sécurité de l’Etat russe : Felix Dzierzynski (chef de la Cheka, plus tard appelé OGPU, 1917-1926), son adjoint et successeur Wiaczeslaw Mezynski (OGPU, 1926-1934), et Genrikh Yagoda (OGPU/NKVD, 1934 -1936). En fait, à cause de la très mauvaise santé de Wiaczeslaw Mezynski, Yagoda était en charge de l’OGPU depuis 1924, quand Dzierzynski assumait le poste additionel de Président du Conseil Supérieur de l’Économie Nationale. J’invite mes lecteurs à se référer à Internet pour plus d’informations sur ces messieurs.

Sergey et Lina Prokofiev partirent vers la Russie le 13 janvier 1927 pour une tournée de deux mois, conduits à la gare par les Borovsky et les Samoilenko. Borovsky, lui, arriva le jour où les Prokofiev partirent de Moscou de retour vers la France, le 23 mars 1927. Prokofiev :

“Borovsky avait l’air un peu sidéré; son retour en Russie avait un fort impact sur lui et sans doute se faisait-il du soucis : allait-il faire face au succès ou à l’échec ? Sans parler de ses doutes : quelle serait l’attitude des soviétiques ? Allaient-ils l’arrêter ? Bien qu’il soit difficile de s’imaginer comment, il avait pris la précaution de devenir un sujet lettonien.” …  Nous prîmes le déjeuner avec Borovsky au restaurant Prechistenki, où il consomma les plats russes avec une délectation visible.

Au début d’avril 1927, Alexandre pressa Moussia de le rejoindre en Russie et en effet elle y alla, surprenant Prokofiev car elle n’avait auparavant montré aucune inclination à rentrer en URSS. Je pense qu’elle changea d’opinion parce que ses amis, ou Borovsky,  avaient arrangé un rendez-vous pour qu’elle puisse poursuivre la recherche de son frère Julian (article 8).  À nouveau, Moussia montra un courage exceptionnel : à Moscou elle alla voir, dans la Lubyanka, le chef de l’OGPU, Genrikh Yagoda, exigeant de pouvoir retrouver son frère qui, pensait-elle, était détenu là.

Sûrement, ce fut son reseau d’amis et sa famille qui contribuèrent à sa réussite pour arranger ce rendez-vous. Deux de ses oncles par mariage étaient des frères du Polonais Felix Dzierzynski, le renégat de sa famille (article 5) et “Félix de Fer” était encore un nom magique en Russie (encore aujourd’hui, il y a des statues de lui dans plusieurs cités). Wiaczeslaw Mezynski était un noble héréditaire russe d’ascendance polonaise, comme Vladimir Baranovsky.

Yagoda reçut Moussia avec courtoisie. Il lui dit qu’en préparation de sa visite, il avait demandé à ses subalternes de rechercher tous les dossiers, mais que Julian ne figurait dans aucune liste. Moussia s’inquiéta de plus belle en sortant de la Lubyanka, un grand bâtiment à côté d’une église catholique où certains de ses ancêtres avaient été prêtres.

La tournée d’Alexandre le conduisit aussi à Leningrad. Là, Moussia visita l’appartement où elle avait vécu avec Vladimir avant sa fuite de Russie, appartenant à Vladimir et ses parents : Appartement 10, 59 rue Bolshaya Puskarshkaya (voir article 9, texte et photo). Elle fut certainement accompagnée par un ‘guide’ d’Intourist.

Époustouflée, elle retrouva dans sa propre commode son linge de maison. “Mais”, dit Fern (Scull) Barstow, la femme de Vladimir depuis 1924, pendant son interview de 1990 : “Il ne lui fut pas permis d’apporter même une seule serviette.”

En rentrant vers Paris en mai 1927, les Borovsky firent escale en Pologne où les images ci-dessous furent prises. De là, ils ramenèrent Natasha, laissée avec sa famille quand Moussia était en route vers Moscou. Le 9 juin, 1927, Prokoviev écrivit dans son Journal: “les Borovsky sont de retour de Moscou, Maria pleine de plaintes. Borovsky y jouait 32 concerts.”

Moussia, Natasha à presque trois ans, et un parent éloigné de Moussia, Wieslaw Oledzki, Varsovie, en mai 1927. Collection privée de Moussia. Natasha porte un chapeau comme celui de sa mère et un bâton comme celui de son père.

Natasha, en mai 1927

Natasha, en mai 1927. L’inscription russe à gauche: “À mon oncle américain chéri Yurik, de la part de Natasha” et à droite: “Ne pleure pas, ma tante chérie, je viendrai à New York, Natasha”. Je pense que ces photos furent envoyées à George et à Goldie Romanovsky à New York et qu’elles furent renvoyées pour cause de ‘destinataire inconnu’ par la poste américaine (voir article 23)

(à suivre)

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