Moussia et Natasha, au printemps de 1926. Collection privée de Moussia.

De 1923 à 1929, les Borovsky firent de leur mieux pour s’adapter au programme international très intensif d’Alexandre. Les Journaux de leur ami Prokofiev en donne une bonne idée. Souvent, après son retour d’une lointaine tournée, Borovsky dut repartir quelques jours plus tard, comme au début de décembre 1926, quand il passa deux jours en famille, en route de la Finlande vers Angleterre, tout en répétant pour ses prochains concerts. À cette époque, les musiciens voyageaient par train et par  bâteau, et pour rendre ces longs voyages profitables, les tournées comptaient beaucoup de concerts. Borovsky était donc souvent absent pendant des périodes d’un mois, parfois plusieurs mois.

Trente ans plus tard, Borovsky écrivit que, quand il était en longue tournée, Moussia restait toujours “à la maison”, ou chez sa tante en Pologne, où elle logeait avec Natasha, impatiente de pouvoir sortir avec les amis, après son retour. Lui, au contraire, ne voulait pas sortir car il avait envie de passer ces rares et précieux moments chez lui, avec sa femme et sa fille. Cela  mettait parfois le mariage à rude épreuve mais, de 1923 à 1929, les deux firent tout pour faire leur mariage un succès, au moins par amour fou pour Natasha.

En 1925,  le Comité Central Soviétique décida d’inviter Prokofiev, Stravinsky et Borovsky à faire une tournée en URSS. Leur choix d’artistes est significatif à mon avis. Les trois avaient toujours évité de se prononcer politiquement. Les tournées étaient programmées pour 1927. Tous les trois avaient des soucis, doutant d’obtenir la permission de quitter la Russie après. Borovsky pris des mesures et obtint des passeports lettons pour lui, Moussia et Natasha à l’été 1926 (il était né à Mitau en Lettonie, quand ce pays était encore sous le pouvoir du Tsar). Mais serait-ce considéré comme un faux pas par les autorités sovietiques?

En octobre 1926, la mère d’Alexandre mourut pendant une tournée de Borovsky. En Pologne, il reçut de mauvaises critiques, probablement par manque de concentration à cause de son deuil. Maria s’en faisait du soucis.

De plus en plus, il apparut que le stress contribuait aux problèmes des reins de Maria. Elle était souvent malade, on peut le voir sur quelques photos. Quand elle ne se sentait pas bien, son visage était plus angulaire, sombre et tendu.

Moussia et Natasha sur la plage de la Baltique près de Riga, durant l’été 1926. Natasha a presque deux ans. Photo prise par Alexandre Borovsky. De la collection privée de Moussia.

En décembre 1926, Alexandre Borovsky et les Prokofiev allèrent au Consulat russe à Paris, pour obtenir leurs visas pour les tournées de 1927. Un agent officiel au visage sévère leur rappela que, bien qu’il pouvait leur donner des visas d’entrée, ils quitteraient la Russie comme de simples citoyens soviétiques. Ils devraient donc demander un visa de retour là-bas, en Russie. Quelques semaines plus tard, on modifia légèrement cet avis, mais Moussia décida de ne pas accompagner son mari et de rester à Paris, malgré son passeport letton. Prokofiev commenta, au sujet de la visite chez le Consul : “Le Camarade Consul avait un bureau magnifique et un fin manteau de fourrure. Ptashka observa qu’il avait un visage très sévère, Borovsky dit qu’il avait de très belles mains.”

 ( à suivre)

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