Ariadna Roumanov (à gauche) et Maria “Moussia” Baranovsky devant la maison des Roumanov à Los Angeles (1920)

Depuis mes trois derniers articles, j’ai eu la chance d’en découvrir un peu  plus sur  le livre “Rescuing the Czar”.

L’imprimeur du livre, Henry Haskin, arriva à San Francisco depuis la Russie en 1916 et fonda son entreprise, California Printing Company, en 1919. Une belle histoire, voir Henry and Miriam Haskin.

Les archives de la Hoover Institution à l’Université de Stanford en Californie, qui m’avaient déjà aidé par l’envoi des notes de Pavel Bulygin (article 22), m’ont envoyé également la copie d’une monographie scientifique de 223 pages par Gretchen Haskin (voir article 21)., intitulée “Rescuing the Czar, A story for two revolutions”. Gretchen Haskin a un diplôme en histoire russe. J’avoue que j’en commença la lecture, inquiet que ma propre analyse soit torpillée.  Ce ne fut pas le cas, heureusement. Son analyse et la mienne sont complementaires. Haskin a pu pénétrer dans les vies de William Rutledge et George Romanovsky comme moi j’ai pu le faire dans celles de Moussia et Vladimir. On pourrait fusionner son récit et le mien sans contradiction.

Quelques détails dans la Monographie: Dès son arrivée à San Francisco, Vladimir Baranovsky aida George Romanovsky du Consulat russe, en le tenant au courant des développements en Russie, et en particulier en Sibérie où faisait rage la guerre entre les armées Rouge et Blanche. Son ami Michal Roumanov y travaillait aussi, comme ‘attaché commercial”. Journaliste de profession, il aida Romanovsky à créer un magazine pour stimuler les affaires avec la Sibérie, sous le titre “Siberian Opportunities”, “Occasions Sibériennes”,  avec des articles bien écrits, des annonces, des publicités et des dessins par un certain Osip Perelma. Le premier numéro sortit en mai 1919. Mais, comme nous l’avons déjà vu, la guerre commença à tourner mal pour les Blancs. Au cours de l’année 1919, l’armée Rouge les poussa en direction de l’Est. Plus d’occasions commerciales en Sibérie. L’or du Tsar – sur lequel McGarry et Romanovsky correspondaient –  fut transporté en train en direction de l’Est par le Général Kolchak et dérouté. Vladimir fut-il envoyé à Sibérie pour  négocier cet or ?

Annonce au dos de “Siberian Opportunities”, Vol. II, No. 7

Selon Haskin, Michael Rumanov fut envoyé à Los Angeles en 1919 comme ‘réprésentant commercial’, pour solliciter des annonces. Je pense que les deux couples partirent à Los Angeles, après un an de grande vie dans un appartement de luxe à San Francisco, parce qu’ils visaient Hollywood et un projet de film basé sur “Rescuing the Czar”, avec Moussia dans le rôle de Tatiana (articles 12-14).

Les choses  tournèrent mal en 1920. Nous avons vu que le livre Rescuing the Czar  fut enlevé du marché et que les négociations pour un film céssèrent. Vers la fin de l’année, Romanovsky avait de gros soucis financiers. De Los Angeles, Michal Rumanov demandait continuellement des grands montants “pour la campagne publicitaire”. Le dernier numéro de Siberian Opportunities sortit en janvier 1921, quand finalement l’Ambassadeur russe de Kerensky, Boris Bakhmeteff vint de Washington pour “nettoyer l’étable” du Consulat.

Haskin écrit, qu’en 1924, le Consulat fut fermé et que George et Goldie Romanovsky s’établirent à New York, et déménagèrent à Chicago quelques années plus tard. De là, après leur divorce, George partit seul vers Los Angeles, où son médecin lui offrit une chambre au-dessus de son garage. George commença à y peindre. Il mourut d’un cancer en  septembre 1933. À l’âge de cinquante ans.

Dans les archives personelles de Moussia, j’ai trouvé deux photos intrigantes de la petite Natasha Borovsky à l’âge de 3 ans, datées 1927 avec les inscriptions:

To my American  dearest uncle Yurik [diminutif de George) from Natasha” et sur l’autre : “Do not cry, dearest auntie, I’ll come to New York, Natasha.”. “À mon oncle américain chéri Yurik, de la part de Natasha” et “Ne pleure pas, ma tante chérie, je viendrai à New York, Natasha”.

Étaient-ce des photos envoyées aux Romanovsky, retournées par courrier pour cause d’adresse inconnue ?

Nous sommes prêts maintenant, après un long détour, à retourner au soir du 29 décembre 1921, quand Sergei Prokofiev rencontra Moussia et Ariadna… (article 3).

(à suivre)

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