Moussia, ‘la mignonne du Métropole’    Ariadna, ‘la Circe aux yeux noirs, au nez grec’

Nous avons vu, dans mon article 19, que Moussia et le couple Michal et Ariadna Roumanov avaient été déménagés de San Francisco à Los Angeles par Vladimir Baranovsky, le 31 décembre 1919. Moussia fit beaucoup d’efforts pour s’introduire sur les scènes de théâtre, Ariadna dans les salles de concert. Une rumeur courrait qu’il s’agissait d’un ménage à trois ou d’une relation entre les deux femmes. En décembre 1920, Prokofiev entendit une telle rumeur aussi mais il comprit bien vite qu’elle n’était pas du tout fondée. C’était un camouflage de quelque autre chose.

Vladimir rentra à San Francisco, y loua une chambre et puis disparut sans laisser une trace. J’ai découvert que cette disparition apparente avait tout à faire avec la sortie d’un livre, en juillet 1920, sous le titre “Rescuing the Czar”: “Le sauvetage du Tsar”. Ce livre mystifie encore tout le monde, les historiens sérieux inclus et a continué d’être la source originelle de toute une ‘dynastie’ de romans de pure fiction, de 1920 au jour d’aujourd’hui.  Dans mon blog en anglais, je suis allé en  détails au sujet de ce livre, incluant des références à quelques livres récents. Ça n’a pas beaucoup de sens pour ce blog en Français car aucun de ces livres n’a été traduit. Donc ici, je me limite à l’essentiel.

En juillet 1920, l’imprimerie  California Printing Company, directeur Henry Haskin, imprima, relia et expédia aux auteurs qui s’appelaient “les traducteurs”, un livre intitulé Rescuing the Czar. L’auteur, un certain James P. Smythe, docteur ès Lettres, présenta “la traduction” les deux rapports-sur-place individuels en forme de journaux de deux individus, sur leur sauvetage de la famille Impériale, de Ipatiev House à Ekaterinburg, par un tunnel sous-terrain, en juillet 1918. Ils étaient : un Anglais de nom Charles James Fox, et un gentilhomme russe en déguisement de Bolchévique, sous le nom Alexei Syvorotka. Vers la fin de l’opération secrète, Syvorotka souffrait du typhus, laissant le lecteur dans l’incertude quant à sa survie. À travers tout le livre, une femme fatale fréquemment fait des apparitions inattendues : ‘la Baronesse B.’,  alias ‘la jeune de femme du Métropole’, alias ‘Lucie de Cleve, actrice de vaudeville’. Le livre fut un succès au début mais fut retiré du marché déjà après deux mois, en septembre 1920.

En Angleterre et aux États-Unis, en 2002 , apparut un livre, “La conspiration secrète pour sauver le Tsar” par Shay McNeal (“The Secret Plot to save the Tsar”, Perennial, Harper Collins).  Se basant sur des recherches fondamentales, elle analyse les différents fables concernant un sauvetage du Tsar. En conclusion, elle montre que (1) les preuves ADN des corps trouvés en 1991 sont très suspectes, (2) que la plupart des contes publiés sont des fabrications mais (3) qu’il est problématique de  rejeter comme un fable aussi facilement le livre “Rescuing the Czar.”

Elle montre d’une façon très convaincante que dans ce livre, il y a une plénitude de détails, personnes, événements, qui ne pouvaient être connus QUE par une personne sur place dans les années 1918/19.  Ce n’est que quelques cinq années après 1918 que quelque peu de ces détails furent connus hors de Sibérie, quelques autres ne furent dévoilés qu’après 1990. Pour cette raison, elle laisse ouverte la possibilité d’un sauvetage jusqu’à ce que quelqu’un peut finalement trouver QUI était la source des informations.

Dans son livre, elle mentionne ‘en passant’ Moussia et Vladimir Baranovsky, mais seulement  comme des visiteurs à la maison de George Romanovsky (voir mes articles précédants). Elle découvrit les points suivants:

  • 10 mars 1920, William Rutledge McGarry, un conteur de films de guerre anglais et George Romanovsky, consul russe à San Francisco, passèrent un contrat entre eux pour la publication jointe d’un livre appelé “Les prisonniers de Tobolsk” (Tobolsk était le lieu où la famille Impériale était mise en garde avant Ekaterinburg). Le livre, après un changement de titre à “Rescuing the Czar”, fut livré aux ‘traducteurs’ le 21 juillet 1920.
  • George Romanovsky et McGarry étaient impliqués dans le transport d’armes en Russie et correspondaient avec des autres pour le sauvetage de l’or du Tsar depuis 1919.
  • Le livre fut un succès au début mais fut retiré du marché déjà après deux mois, en septembre 1920, après un entretien à Washington entre McGarry et le Chef des Services Secrets des États-Unis. Des invitations pour les droits cinématographiques furent retirés instantanément. Et puis le silence. Aujourd’hui survivent très peu d’exemplaires de l’édition originale, au prix de 900 dollars. Depuis peu, il y a des réimpressions bon marché.
  • Pendant les premières décennies après 1920, il y eut des rumeurs persistantes circulant dans le cercle des services secrets mondiaux que plusieurs agents auraient perdu la vie à cause la parution de Rescuing the Czar.
  • En 1926, il y eut la révélation que “les traducteurs” étaient McGarry et Romanovsky.
  • Dans les années 1930, le Président Roosevelt émit à ses collaborateurs l’idée d’écrire un livre sur “un Russe très riche, connu, qui souhaitait disparaître avec une part de sa fortune pour pouvoir vivre, tout en étant considéré comme mort.

Il y en a plus de détails dans mon blog en Anglais.

“Rescuing the Czar” est un livre bizarre, un peu psychedélique comme s’il était écrit par quelqu’un ‘sous l’influence’, mais il est très captivant et bien écrit. Pendant ma lecture, j’ai reconnu tant de choses me rappellant Moussia et Vladimir que je ne peux que conclure qu’ils avaient quelque chose à faire avec le livre. “La mignonne (the peacherino, la petite pêche’) du Métropole” est, pour moi, “Moussia au Majestic” (voir mon article précédant) et Syvarotka est  Vladimir. ‘La Circe aux yeux noirs, au nez grec’ était Ariadna. Mais comment le prouver?

En 1920, Vladimir disparut sans trace. Il avait des bonnes raisons, il craignait d’être tué.

(à suivre)

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