Une foule de journalistes pleins de curiosité attendait M. et Mme Baranovsky quand  l’Ecuador fut amarré à San Francisco, le 3 janvier 1918. Ils n’étaient pas venus en vain. Le couple donna une interview prolongée, qui fut publiée dans tous les journaux américains durant les jours suivants. Ils prirent l’initiative d’une longue déclaration et écartèrent dès le début, en riant, la possibilité d’une fuite de Tatiana, en disant que la princesse était en vie et allait bien à Tobolsk, en compagnie de la famille impériale à Tobolsk.

Vladimir Baranovsky déclara qu’Alexandre Kerensky, le Premier Ministre déposé de Russie, était hors de danger en Finlande et émergerait de sa cachette pour reprendre les rênes du Gouvernement russe. Lui et sa femme connaissaient bien Kerensky, ils étaient parmi les derniers à l’avoir vu dans l’appartement de leurs parents. Baranovsky ajouta que Kerensky était maintenant marié avec sa soeur après avoir divorcé de sa cousine, des Baranovsky’s toutes les deux.

“Kerensky ré-apparaîtra au moment psychologique,” dit Baranovsky. Il est un homme fort, le plus fort de tous en Russie. En Russie, on sait bien que Lenine et Trotzky sont des agents-provocateurs payés par l’Allemagne et que leur chute est certaine.”  Il dit qu’il était venu aux États-Unis pour étudier l’operation gouvernementale des chemins de fer dans le but d’appliquer ce qu’il allait apprendre pour la reconstruction du système de transport démoralisé de Russie. Sa femme l’aiderait dans ses investigations à travers l’Amérique.

Madame Baranovsky, selon la presse “une des beautés reconnues de Petrograd qui parle aussi couramment l’Anglais, le Français que le Russe”, parla longuement d’Alexandre Kerensky, rejetant les rapports qui le disaient emprisonné. “ Il a recuperé en Finlande,” dit-elle, “et il reviendra quand l’heure sonnera.” Elle déclara être en contact secret avec lui. “C’était dans l’appartement de ma belle-soeur qu’ il se refugia quand les Bolchéviques ordonnèrent son arrestation, “ ajouta-t-elle, “il était malade, épuisé par le stress. Il se laissa tomber sur le canapé et couvrit son visage de ses mains. Il déversa ses espoirs  et ses craintes sur moi: ‘si seulement je pouvais avoir un peu de repos’, se lamenta-t-il.”

Pendant toute la conférence, l’amiral Bosse était à leurs côtés mais resta muet. Puis, les visiteurs prirent leurs quartiers dans l’hôtel Palace, comme décrit dans le San Francisco Chronicle du 4 janvier 1918: “Vladimir Baranovsky, ingénieur des chemins de fer russes, frère (sic) du chef d’état russe déposé, est l’hôte du Palace, avec Madame Baranovsky. D’autres nouveaux hôtes de l’hôtel sont l’amiral T. Bosse… (et cetera).”

Pendant les six mois qui suivirent, les deux continuèrent leur campagne politique, suivi de près par la presse américaine. Moussia dut être admise dans une clinique à cause de la maladie des reins qu’elle avait contractée pendant le long voyage depuis Saint Petersbourg. Le 28 avril 1918, le San Francisco Examiner rapporta crédiblement :

“Madame Baranovsky, en convalescente dans un des sanatoriums durant les semaines passées, a été emmenée vers sa maison et recupère rapidement. M. Baranovsky est le beau-frère de l’ancien chef d’état Kerensky. Madame Baranovsky est une jeune femme particilièrement belle et, par sa ressemblance frappante avec une des filles de l’ancien Tsar de Russie, fut prise pour la Grande-Duchesse Tatiana. M. et Mme Baranovsky furent vus souvent dans cette ville avec l’amiral Bosse, avec lequel ils ont traversé le Pacifique. Cet officier était à la tête de la marine russe et était l’ami et le conseiller du Tsar pendant maintes années, ce que nourrit les rumeurs sur l’identité de cette jeune femme attractive. Cette idée, d’ailleurs, la fait sourire et elle teint des propos très élogieux sur la fille cadette du Tsar qu’elle connait très bien.”

Les deux furent mentionnés régulièrement dans les rubriques “haute société”, souvent en compagnie de  M. et Mme George Romanovsky, le consul russe. En mai, Moussia était de nouveau à la Une. Il y avait des rumeurs que Kerensky était en route vers les États-Unis au bord d’un bateau à vapeur venant de Suède. Elle déclara devant la presse qu’elle irait à New York pendant un mois pour l’attendre. A la question “comment vous savez qu’il est en route?”, elle répondit: “Je n’ai pas eu de contact direct avec lui. Je n’ai que, disons, des informations…”

 

 

(à suivre)

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