Moussia et Vladimir partirent finalement de Yokohama le 14 décembre 1917 à bord du SS Ecuador, un bateau bâti en 1915 sur un chantier néerlandais (voir l’image à la fin de cet article). Le bateau appartenait à la Pacific Mail Steamship Company, une compagnie maritime qui s’affichait en Amérique avec le slogan  “Sunshine belt to the Orient”.

Je cite le Honolulu Star-Bulletin du 26 décembre 1917, le jour où le bateau partit de Honolulu après une brève escale:

“En tout, le bateau à vapeur ‘Ecuador’ a quelques cent passagers de cabine à bord. Certains d’entre eux sont des Russes nobles ou riches qui cherchent la paix aux États-Unis. T. Bosse est un vice-amiral de la marine russe et V. Baranovsky est un Russe très riche qui est en route vers les États-Unis avec Madame Baranovsky, accompagnés de quelques domestiques pour un séjour de durée inconnue. Tous ces Russes dirent que leur maîtrise de la langue anglaise n’est pas suffisante pour pouvoir commenter sur la situation chaotique dans leur pays.”

Je n’ai pas réussi à trouver les antécédents de l’amiral Théodore Bosse. On le voit sur la photo, à droite. Vladimir est à gauche, en costume anglais tout neuf et chic en tweed, à côté d’une joyeuse Moussia. Sur cette belle photo, Moussia semble avoir mis une chemise de Vladimir et jouer ‘le matelot’, en mettant sa tête sur l’épaule de l’amiral. Je n’ai pas pu identifier le badge sur la casquette de l’Amiral et, pendant quelque temps, j’ai même pensé qu’il était le Capitaine. Mais les photos de presse de leur arrivée à San Fransisco m’ont convaincu qu’il était l’homme se disant le Vice-Amiral Théodore Bosse.

Le manifeste de navire (ci-dessous), montrant les passagers de première classe, à évidemment été contrôlé minutieusement. Un contrôle d’identité et des preuves de mariage a notamment été effectué. Nous voyons M. Vladimir Baranovsky, 28 et Mme Mary Baranovsky, 22 et le Vice-Amiral Théodore Bosse, 55. Dans la rubrique à droite, “Noms et adresses de vos plus proches”, Vladimir et Moussia ont fait préciser les noms des parents de Vladimir : Vsevolod et Lydia Baranovsky, et la même adresse que nous avons vu sur la carte de visite de Vladimir,  rue Grande Puskarshkaya 59, appartment 10 (voir mon article 9). C’est plus probable que c’est dans cet appartement que Vladimir et Moussia ont rencontré Alexander Kerensky avant de partir, plutôt que dans l’appartement des parents de Vladimir à Helsinki. Dans la même rubrique, l’amiral Bosse a fait noter l’adresse d’un ami, le portraitiste Nikolay Bogdanov, bien connu à Petrograd à cette époque.

J’ai l’intention de rechercher un peu en plus sur le mystérieux amiral Bosse et d’aller chercher le reste du manifeste à la recherche des noms des “domestiques”.

Il est évident que nos protagonistes étaient résolus à garder la bouche fermée en route,  jusqu’à l’arrivée à San Francisco. Moussia parlait l’anglais couramment.

 


(à suivre)

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