Notes : Les termes bien connus de “Révolution de Février” et “Révolution d’Octobre” selon le calendrier Julien deviennent “Révolution de mars” et “Révolution de novembre” selon le calendrier Grégorien d’aujourd’hui. J’utilise le calendrier Grégorien tout au long mes articles.

Mon blog n’est pas le lieu pour entrer dans les détails de la Révolution Russe de 1917. Innombrables sont les livres écrits sur le sujet, avec des points de vues très divers. Le sujet est de nouveau controversé, même en Russie, suite à la résurrection d’essais afin de réhabiliter les efforts d’Alexandre Kerensky.

En bref : La Révolution russe était en fait une succession de révolutions en 1917, qui firent suite à de nombreux troubles politiques pendant les décennies précédantes. De surcroît, au début de 1917, les conditions de vie en Russie, surtout dans le secteur industriel de Petrograd, étaient fort affectées par la Grande Guerre. Il y eut de lourdes pertes humaines et de fortes perturbations des systèmes de transport. Il y eu presque un arrêt de l’approvisionnement en vivres dans les grandes villes, à Petrograd en particulier, et les classes ouvrières souffraient de la faim au quotidien. La Révolution de mars força l’abdication du Tsar Nicolas II et un Gouvernement provisoire était installé dans lequel Alexandre Kerensky jouait un rôle important, allant même jusqu’à devenir Chef d’État à partir de juillet. Son gouvernement était attaqué continuellement par les bolcheviks sous Lenine et Trotzky qui, finalement, firent tomber le Gouvernement provisoire en novembre 1917. C’était le début d’une guerre civile entre les rouges et les blancs qui se termina en 1922 par la victoire des rouges.

16 juillet, 1917, le début des “Jours de Juillet”; l’armée tire sur les manifestants sur Nevsky prospekt, à Petrograd, sous ordres de Kerensky.

 
Moussia, pendant sa fuite en octobre/novembre 1917, un voyagé  de 10 000 kms par train de Petrograd à Vladovostok.

Le jour du 16 juillet 1917, à Petrograd, Vladimir Baranovsky et son père le Lt. Général (retr.) Vsevolod regardèrent avec horreur, d’en haut par une fenêtre, comment le Gouvernement provisoire faucha une grande manifestation incitée par Lenine et Trotzky. Le Gouvernement réussit à étouffer la révolte, dans d’autres villes aussi. Lenine partit se cacher en Finlande.

Des décennies plus tard, Vladimir raconta cette histoire  à sa famille aux États Unis. Il est bien possible que les deux hommes discutèrent de la possibilité d’une fuite de la Russie, parce que pendant les mois suivants, ils ne perdirent pas de temps pour se préparer et finalement mettre leurs plans en action. Au sein de cette famille, comme chez tant d’autres familles à cette époque, les opinions et les positions différaient sans affecter la loyauté familiale.

Vsevolod Baranovsky, le père de Vladimir, loyal au Tsar, partit en retraite en Finlande en 1916. Dans son appartement de luxe à Helsinki, sa fille Elena soigna Alexandre pendant sa maladie tuberculeuse d’un rein et les deux étaient tombés amoureux. En Juillet, alors que les deux vivaient déjà ensemble depuis mars, après qu’Alexandre ait demandé le divorce à sa femme Olga, ils déménagèrent vers l’appartement d’Alexandre III dans le Palais d’Hiver. Elena attendait leur enfant.

Vsevolod pensait qu’il n’y avait pas de futur pour lui sous un gouvernement révolutionnaire, qu’il soit bolchevik ou plus modéré. De surcroît, l’Assemblée finlandaise avait justement été dissolue, ce que les Finlandais considéraient comme le début de leur indépendance. Il fallait partir de Helsinki.

Le Général Wiktor Nowicki, le père de Moussia, fut tué pendant la Révolution de mars par des soldats mutins qui refusaient de tirer sur des manifestants, selon la version des rapports officiels. Je pense plutôt que son père a été exécuté sur ordre des officiers impériaux, pour le refus de donner l’ordre – comme le furent en mars maints de ses collègues – pas par des mutins. À son arrivée aux États Unis, Moussia déclara être pro-Kerensky.

Vladimir aussi était pro-Kerensky à ce moment. Probablement, il fut influencé par la situation critique des ouvriers dans les usines de munitions et de canons d’artillerie de sa famille à Vyborg, où il travaillait aussi.

Pour sa sœur Vera, la décision était très difficile. Elle était déjà une actrice renommée à Moscou et se trouvait entre deux loyautés : envers sa famille et envers sa carrière et ses amies au Théâtre Académique des Arts de Moscou.

Vera Baranovskaya en 1916 en “Larmes de Clown”, une pièce de théâtre contre la guerre, écrite par le fameux dramaturge et écrivain Leonid Andreïev. Ayant soutenu la Révolution de mars, la révolution bolchévique le dégoûtait et il fuit vers Finlande  à la fin de 1917. Mise en scène : un cirque à Paris.

Moussia et Vladimir, au moment de leur fuite, espéraient et même croyaient qu’ils rentreraient dans quelques années, comme nous le verrons dans les articles prochains.

Vladimir agit tout de suite. Il obtint un passeport, sans doute grâce à l’intervention de Kerensky lui-même, déjà en août, le mois turbulant quand  Kerensky faisait transporter la famille impériale à Sibérie. Lui et son père connaissaient Alexandre Kerensky personnellement. Pas seulement à cause de la relation entre Elena et Alexandre. Olga, encore épouse de Kerensky selon la loi, était en effet la sœur de leur cousin Vladimir Lvovich Baranovsky, le Chef de cabinet de Kerensky depuis avril 1917 quand il devint Ministre de Guerre, promu par Kerensky au rang the Général.

Plusieurs pages de ce passeport seront publiées dans mon histoire, parce qu’elles fournissent des informations très diverses.

Examinons d’abord les circonstances de délivrance du passeport :

Le titulaire de ce passeport, le gentilhomme (litt. noble héréditaire, potomstvenniy dvoryanin), l’ingénieur des chaussées et trafic, Vladimir Vsevolodovich Baranovsky, né en 1889, de religion Orthodoxe, sujet Russe par naissance, envoyé en Amérique pour acheter des machines pour une usine Baranovsky d’équipement mobile, le Départment Mob., a reçu permission d’aller à l’étranger pendant une période n’excédant pas six mois. En foi de quoi, pour voyager librement, ce passeport est donné, confirmé par cachet.

Le timbre à gauche: Le préfet de Petrograd

Le timbre rond à droite (mieux lisible sur les pages prochaines) et le timbre horizontal en haut: “Commissaire du gouvernement intérimaire remplaçant celui de  l’ancien préfet de Petrograd”

Signé par: le Colonel-Lieutenant Samson

La Russie passa du calendrier Julien à Grégorien le 31 janvier 1918 (le jour prochain étant le 14 février 1918), donc selon le calendrier Grégorien ce passeport fut émis le 31 août 1917.

Le curator de contes, en étudiant le passeport de Vladimir avec Anna Mosina, traductrice assermentée russe.

(à suivre)

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