1941, Giacomo Antonini en discussion avec dr. Otto Abetz , l’ambassadeur du Reich à Paris (à gauche), et un officier allemand en uniforme de lieutenant-colonel. Je spécule que c’est Heinz Schmidtke, chef du Propaganda Staffel, responsable pour la censure dans tous les domaines de la culture francaise, la presse, la littérature, la radio, le film. le théatre, la musique, avec des bureaux en cinquante villes en France. Il arriva en France en juillet 1940 au grade de major et fut bientôt promu à lieutenant-colonel.

Après l’Armistice entre la France et l’Allemagne, les Allemands prirent un départ en flêche pour la régulation de la vie culturelle de la France. Tout avait été bien préparé avant la guerre. Pourtant, il y avait de la confusion de compétence voire de rivalité entre deux organes différents: d’une part l’Ambassade du Reich d’Ambassadeur dr. Otto Abetz, plutôt affecté au rôle d’institution culturelle, prenant ses ordres de Joachim von Ribbentrop, le ministre des Affaires Étrangères – et d’autre part, comme institution de censure, le Propaganda Staffel sous lieutenant-colonel Heinz Schmidtke.

Le Propaganda Staffel ressortait formellement de l’Armée d’Occupation mais était dirigé en réalité, en communication directe, par Joseph Goebbels, le dirigeant du Ministère à l’Éducation du peuple et à la Propaganda. Sonderführer  Gerhard Heller (son grade équivalent à lieutenant), était la main droite de Heinz Schmidtke.

Heller était un Nazi de la première heure. Pourtant son nom est bien connu encore aujourd’hui,  pour avoir accordé la publication de Le Mythe de Sisyphe et L’Étranger d’Albert Camus, et de livres d’autres écrivains non-collabo.

Otto Abetz (1903) était francophile dès sa jeunesse. En 1930, avec son meilleur ami, le  français Jean Luchaire, il fonda un groupe culturel Franco-Allemande pour les jeunes, le cercle de Sohlberg. En 1932, il épousa une Francaise, Suzanne de Bruykere, la secretaire de Jean Luchaire. Comme Luchaire, Abetz avait à l’origine des convictions socialistes mais ensuite adhéra au fascisme. En 1931, il joignit le parti Nazi. Entré dans le service des affaires étrangères en 1935, il representa l’Allemagne en France en 1938 et 1939 mais fut expulsé de France comme presumé espion. Il était de retour en France en juillet 1940, nommé Ambassadeur du Reich.

Jean Luchaire (1901) était francais, journaliste et patron de presse. Fils du Professeur Julien Luchaire, historien et écrivain, il était né à Sienne, Italie. Son père était professeur à l’Université de Florence.  Tout contrairement à son père, il était supporter du fascisme italien du premier début. En 1940, il fonda le journal collaborationniste Les Nouveaux Temps. Fidèle au gouvernement de Vichy, il devint le Président de l’Association de la presse parisienne et en suite, en 1941, Président de la Corporation nationale de la presse française.

Voilà le milieu dans lequel Moussia retrouva son mari en rentrant des États Unis  et dans lequel il fonctionnerait jusqu’à l’été de 1943.

Dans sa nouvelle capacité de Chef de bureau de l’Agenzia Stefani, en profitant de sa maîtrise de l’allemand,  Antonini  fut introduit 13 de mai 1941 auprès de Heinz Schmidtke, par l’attaché de presse de l’Ambassade italienne, Francesco Anfuso (frère de Filippo, la main droite de ministre Galeazzo Ciano). Bientôt, Antonini et Schmidtke devinrent amis personnels. L’amie de Schmidtke, Ira de Poligny,  avait une mère russe et s’entendait bien avec Moussia.

Le premier objectif d’Antonini était de bien réactiver la service de Stefani à Paris. Par l’intermédiaire de Schmidtke il rencontra, déjà le 23 de mai 1941,  Otto Abetz qui lui offrit l’accès partiel au système de télégraphie diplomatique allemande pour les communications d’Antonini avec l’Agenzia Stefani à Rome. Abetz lui expliqua (selon les mémoires d’Antonini), “qu’il était fervent supporter de la collaboration française avec le nouvel ordre européen, à condition que une telle collaboration soit fondée sur un changement radical de mentalité entre la France d’une part, et l’Allemagne et Italie d’autre part – et que des paiements de réparations,  en nature et en argent, étaient obligatoires.”

En l’été de 1941, Giacomo Antonini était promu, à nouveau sur recommandation d’Anfuso, à la position de Président de l’Association de la presse étrangère d’Italie. Pour célébrer l’occasion, il donna une réception à l’Ambassade d’Italie, pendant laquelle les trois photos de cet article furent prises. J’ai ‘tamisé’ l’internet avec de persévérance pour identifier les invités sur ces images, les sous-titres montrent le résultat.

Antonini devint ami de Robert Brasillach, l’éditeur de l’hebdomadaire “Je suis partout”, le principal journal collaborationniste et anti-sémite français sous l’occupation allemande, et reserra l’amitié avec Jean Luchaire qu’il avait bien connu quand il était petit, à l’école primaire ‘Michelangelo’ à  Florence.

La seule source d’informations sur ses activités à Paris pendant la période 1941 jusqu’à  25 juillet 1943,  le jour de la chute de Mussolini suivant l’invasion alliée de Sicile,  est l’aide-mémoire dicté par Antonini à sa femme Karin entre 1979 et 1983, les dernières années de sa vie.

Selon lui, il ne fit que son travail de journaliste pour Stefani et l’Ambassade d’Italie, tout en renouant des liens avec  les maisons d’édition italiennes. C’était tout, il fit son devoir sans plus de scrupules.  Il put bien utiliser son amitié avec Schmidtke, avec qui il intervenait pour:

  • assurer que Michel Gallimard, l’ami d’Albert Camus, ne fut pas envoyé à un camp de travail forçé
  • réussir à effectuer l’échappée d’un journaliste hongrois présumé juif par la Gestapo
  • sauver la vie de son ami juif Michel Forstetter, le traducteur du russe, dénonçé par des concitoyens français à la police française

Pourtant,  il n’y a pas de mention de l’écriture anti-sémite, ou des  expropriations, les rafles et les déportations des juifs, bienque plusieurs personnes de sa connaissance y étaient impliqués. Déjà en l’été de 1940, Otto Abetz organisa l’expropriation de riches familles juives, en mars 1941 commença l’orchestration de la propaganda anti-juive et l’établissement de fichiers pour les pouvoir arrêter. La déportation des Juifs commença le 27 mars 1942, l’obligation de porter l’étoile jaune en mai, la terrible rafle du Vel d’Hiv eut lieu les 16 et 17 juillet 1942, durant laquelle 13000 juifs étaient arrêtés par la police française.

Otto Abetz et son adjoint Rudolf Schleier étaient fort impliqués en toutes ces activités.

En 1949, Abetz était condamné en France à vingt ans de prison mais libéré en 1954. Il mourut en Allemagne en 1958, avec sa femme, carbonisés, dans un accident de voiture.

Rudolf Schleier était transféré à Berlin en 1943 et échappa à la justice française. Il mourut en 1959.

Jean Luchaire était condamné à mort pour collaboration avec l’ennemi et fusillé au fort de Châtillon, le 22 février  1946, malgré un témoignage en sa faveur par Otto Abetz.

Pierre Drieu la Rochelle, leader de la collaboration culturelle avec les occupants Nazis et redacteur de la Nouvelle Revue Française depuis 1940, remplaçant Jean Paulhan ( l’ami d’Antonini après la guerre), se terra et puis se suicida.

Robert Brasillach était condamné à mort en 1945, ‘pour des crimes intellectuels’ et executé après que Charles de Gaulle ait refusé la grâce, pétitionnée par, entre autres, les écrivains Paul Valéry, Paul Claudel, François Mauriac, Daniel-Rops, Albert Camus, Marcel Aymé, Jean Paulhan, Roland Dorgelès, Jean Cocteau,  Colette, Maurice de Vlaminck, Jean Anouilh.

Toutes les photos ci-dessous, comme celle de si-dessus,  sont agrandissables en les cliquant.

Je fais appel à mes lecteurs et lectrices  en France, pour me mettre en contact avec des spécialistes de l’histoire de la France sous l’occupation,  pour m’aider d’identifier les gens sur ces images. J’ai quelques photos en plus de cette soirée avec d’autres personnes. On peut me contacter par email en cliquant sur ‘Contacter’ sous ‘Le curator’, à droite sur cette page.

1941. Giacomo Antonini avec Jean Luchaire (au milieu) et l’homme à droite qui est, peut-être, Sonderführer Gerhard Heller, bien connu pour avoir accordé pendant la guerre la publication d’auteurs non-collaborationistes comme les livres de Camus, Sartre et Aragon mais qui était aussi l’auteur de la “Liste Otto” (la liste des livres interdis) et soutenait les auteurs collabos comme Céline et Drieu la Rochelle , dont, après la guerre, il traduisit des oeuvres en allemand. Pour comparaison, voir ci-dessous deux images que je trouvais sur l’internet.

À gauche: Jean Luchaire. À droite: la photo bien connue du groupe de Sonderführer Gerhard Heller avec un group d’auteurs français qu’il accompagnait pendant une visite à Allemagne, sur invitation de Joseph Goebbels, en novembre 1941. À côté de Heller: Pierre Drieu de la Rochelle, puis, Georg Rabuse, Robert Brasillach, Abel Bonnard, André Fraigneau

La seule personne sur cette photo que jusqu’ici j’ai pu identifier avec certitude, est Rudolph Schleier (deuxième de droite). Qui est la personne pour lequel Antonini allume le cigare ? Il ressemble remarquablement à Filippo Anfuso , le Chef de Cabinet de Galeazzo Ciano, le Ministre des Affaires Étrangères italien. Qui est le monsieur tout à droite et qui sont les deux messieurs à gauche? Rudolph Schleier, homme d’affaires et président du parti Nazi en France avant la guerre, était consul-général du Reich à Paris au début de guerre et devint bientôt Adjoint d’Ambassadeur Otto Abetz

(à suivre)

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