Par Albert Chiendeau

Il se développait en un garçonnet très obéissant.  Sa mère l’habillait en style Little Lord Fauntleroy, en velours noir et col de dentelle. Elle brossait sans cesse sa blonde chevelure. Jusqu’au moment où l’épicier lui fit un compliment sur sa fille mignonne. Coupées, les boucles. À partir de ce moment, les instructions au coiffeur étaient: ‘haut et court’. Donc pendant la guerre on l’a confondu souvent avec un type du hitlerjugend.

Sur la plage, il cherchait de coquillages et il pleurait quand un garçon s’asseillait sur son cerf-volant. Un garçon très normal donc, en cercles calvinistes. On s’étonnera pas qu’il passa toute sa première journée en école maternelle sous une petite table et était sauvé par sa mère, pour n’y rentrer plus jamais. Elle prenait bien soin de lui en le gardant chez soi à la maison en permanence. Elle lui apprit l’alphabet avec l’aide du journal calviniste. Il copiait les capitaux de la une en arrangeant de petits batons sur le tapis, fredonnant les chansons réligieuses et enfantines qu’il connaissait déjà par coeur pendant sa période prénatale. Tout ça lui donnait une grande avance quand il joignait l’école primaire calviniste, déjà capable de lire et de chanter en harmonie.

Dès le début, il eut des très bonnes notes, la meilleure de toutes pour la catégorie absences. Une fois même 86 jours dans un seul trimestre. Ça semble excéder le nombre de jours d’école possibles. Pourtant non, car à cette époque on allait à l’école tous les jours sauf les dimanches.

Quel début d’une vie…

(à suivre)

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