Natasha Borovsky, Larmes Irisées, 5

dédie aux veuves de la Guerre du Vietnam

Le visage blême, les yeux hagards,
la bouche bleue,
capuchonnées de brun et noir,
le silencieux

troupeau de veuves, toutes pareilles,
se presse en rang.
Soeurs en détresse, les jeunes et les vieilles,
plus femmes maintenant.

Le troupeau que voit-il, que fixe son oeil,
présent ou passé?
Carnage cramoisi, pâle deuil,
mort lente ou pressée?

Quel acte cruel contre enfant, homme aimé,
les rend muettes?
Quel sort hideux de père ou de fils dernier-né
les a stupéfaites?

Peine de tout temps, peine impensable
les fait-elles pâlir?
Peine du monde, peine insupportable,
encore à subir?

Survivantes sans sexe aux visage blafards,
côte a côte pressées,
semblables à des crânes, coquilles sans fard,
les yeux creusés,

malheureuses éternelles au terrible regard,
témoignage affreux
les veuves se pressent, capuchons bruns et noirs,
troupeau silencieux.

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