Natasha Borovsky, Larmes Irisées, 3

une infirmière se souvient de la Guerre d’Indochine

Une mine éclata sous son pas.
Il n’avait plus ni jambes ni bras.
L’explosion l’avait aveugle,
mais il hurlait, comme il hurlait!

Il fut porté au lazaret.
De loin on l’entendait hurler.
C’était en zone de combat.
Sa voix couvrait le brouhaha.

Il criait, « Laissez-moi mourir! »
Un homme, cà peut-il tant souffrir?
Une demi-heure il a hurlé.
Puis il se tut. Mort. Délivré.

Le silence fut étourdissant.
On aurait dit l’arrêt du temps.
Sourde, soudain, au vacarme,
je laissais couler mes larmes.

On avait eu tant de bléssés!
On était las, extenués.
On s’endormait à l’occasion
sous une table d’opération.

Nous nous sommes tous mis à pleurer
quand il mourut, l’écartelé.
Moi, je ne l’oublierai jamais!
Mais vous, les civils satisfaits?

Et vous, nos braves gouvernants,
qui discutez tout calmement
de stratégie et d’armement,
l’entendez-vous, cet hurlement?

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