Natasha Borovsky, Larmes Irisées, 8

Je ne suis ni triste ni heureuse.
Je ne suis pourtant pas malheureuse.
L’hiver mouillé est maussade et gris.
Sans émoi, je ressens que je vieillis.
Tous les autres, il semble, s’affairent.
Je fais tout juste le nécéssaire.
Je n’ai ni peine, ni grave souci.
Je n’appelle pas encore l’oubli,
J’ai des petits plaisirs, mais point de joie,
maintes croyances, pas assez de foi.

C’est comme si, on ne sait en quel lieu,
plein, la nuit, de bruits mystérieux,
ma vie attendait à l’arrêt du train
qu’un choc la remette en chemin.
Ce parcours qui m’est destiné
mènera-t’il au pays du Succès?
Belle contrée dès l’enfance entrevue,
qui joue à cache-chache avec les nues,
trouverais-je ta frontière fermée,
défense de voir l’image tant-aimée?

Fausse coquette, vain objet de mes veux
cruelle illusion qui me brouille les yeux,
rêve perfide, ennemi de l’Èveil,
c’est donc toi qui me voues au sommeil?
Sotte idée fixe, ombre, mensonge,
me tiens-tu prisonière du songe?
Me gâcherais-tu le charme du vrai,
le vif imprévu, le connu toujours fraîs,
le soir tranquille, le fringant matin,
mon joli paysage quotidien?

Je t’exorcerai! Que, dès maintenant,
j’appartienne toute entière au présent!
Approchez, déception, amertume.
Je vous goûterai. Dissipes-toi, brume!
A l’espoir, je prefère la clarté.
Vie, reprends ta marche, avec gaieté!

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