Note:
Jusqu’à 1937, à Paris, Natasha Borovsky (1924) et ses parents le grand pianiste Alexandre Borovsky et sa femme Maria “Moussia” Sila-Nowicki étaient très amis de Sergei Prokofiev, sa femme Lina et leurs fils Sviatoslav (1924) et Oleg (1928), ce qu’est décrit et illustré avec des photos en articles 29 – 40 de la Chronique de Moussia. Voici les souvenirs rêvés de Natasha de cette époque de sa vie, à continuer demain.

L’appel

Je meurs.
Dans la souillure, dans l’horreur.
Je meurs.

Je voulais attirer l’attention sur le sort
de mon ami d’enfance, Igor,
prisonnier de conscience.
J’avais clamé son innocence
devant un monde indifférent.
Je l’avais criée longtemps

dans mes livres, dans mes vers.
Inutiles efforts!
J’étais résolue cette foi
de faire entendre ma voix
et je m’accrochais aux barreaux
de sa cellule­— pour attirer les bourreaux!

Et voilà qu’au-delà des remparts,
dans les escaliers, les couloirs,
les journalistes accourent!
Ils arrivent à notre secours!
Je m’agrippe de plus belle.
Les coups me martèlent

et je meurs.
Dans le sang, la terreur.
Je meurs.

* * *

Ce fut un cauchemar.
Igor… autre histoire.
S’il faut que je meure,
dans l’angoisse, la douleur,
que je conserve encore
un reste d’honneur.

Natasha Borovsky

Berkeley, Californie

17 décembre 2002

(à suivre)

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