‘Aujourd’hui, maman est morte’, me fit remarquer le galeriste en m’accueillant.

‘Ou peut-être hier, je ne sais pas’, je continuai sans hésitation.

En passant devant la galerie au centre de La Haye, j’avais vu  dans la vitrine une belle affiche d’avant-Guerre d’une exposition en France, célébrant le Hollandais Kees van Dongen. J’étais curieux. En entrant, j’avais en main Le Monde, que j’achète seulement les vendredis pour Le Monde des Livres.

‘C’était une de mes habitudes quand je vivais encore en France,’ dit le galeriste. ‘Là-bas, j’ai eu longtemps une agence de pub. Les Français pensent que le monde civilisé se termine à Bruxelles et que plus au nord, vivent les bataves dans des marécages brumeux. Donc quand je faisais la connaissance d’un nouveau client, je commençais toujours avec cette phrase. Pour me bien positionner. En voyant votre journal, je pensais que vous êtiez Francais.’

Apparemment j’ai un accent. ‘Mon amour pour leur littérature’, je dis.

‘Gouda est un des trois seuls noms de ville qu’ils connaissent’, continua-t-il. ‘Le fromage ! Ils nous appellent ‘le pays des trois fromages’. Eux, ils en ont cinq cent treize, vous comprenez?’

Sur une petite table, je vis une belle édition de la Recherche de Proust, illustrée par Kees van Dongen : trois tomes, 77 illustrations. Un des volumes était ouvert, révélant une très belle image.

‘Je vais à Paris une fois par mois, par Thalys, dit l’homme. Acheter des affiches chez Drouot, bien déjeuner…le bon vin… Mais je rentre avant minuit.’

Nous prîmes un verre. Je rentrais chez moi, un peu déconcerté, et ouvrit mon journal. La rentrée littéraire.

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